Le MHAN dénonce la raideur liberticide avec laquelle le pass sanitaire a été imposé

Publié le 16/07/2021

 

En premier lieu, le MHAN tient à rappeler que l’ampleur de la crise que nous traversons ne permet à personne de revendiquer le moindre recul, les gouvernements du monde entier n’en ayant eux-mêmes pas eu. Toutefois, lorsque les décisions prises entraînent des conséquences y compris en dehors du plan sanitaire, l’opposition ne doit pas se priver d’exercer démocratiquement son rôle, et de guider l’exécutif dans la gestion sereine de la crise et du pays.

Les annonces d’Emmanuel Macron lundi dernier nous donnent de bonnes raisons d’être inquiets pour l’avenir de la France, et avec, l’avenir de la crise. Plusieurs points sont à évoquer.


Personnels soignants : une obligation qui aura peu de résultats sinon le déchirement du peuple par les extrêmes.

Le Président de la République a annoncé la vaccination obligatoire pour les personnels soignants au sens large. Au-delà du 15 septembre, les personnels non-vaccinés subiront des sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement. À ce jour, la majorité des médecins et des pharmaciens sont vaccinés, mais l’on ne peut en dire autant des infirmiers et autres personnels hospitaliers.

Un certain nombre d’entre eux a réaffirmé, à l’issue des annonces présidentielles, ne pas vouloir se faire vacciner, quitte à devoir changer de travail. Indépendamment de ce que l’on peut penser de leur choix, la France a t-elle vraiment besoin de ce genre de conflit dans une situation aussi désespérée ? Doit-elle prendre le risque, après avoir manqué de lits de réanimation, de manquer de personnel hospitalier ? N’oublions pas que les problèmes du quotidien persistent et s’additionnent à la crise, venant surcharger des personnels soignants exténués.

Cette obligation vaccinale vient secouer la part de personnels ayant attendu le dernier moment, ou n’ayant pas encore eu l’occasion de se faire vacciner, mais il est moins sûr que les opposants à la vaccination se plieront à ce que certains d’entre eux considèrent, au vu de leurs déclarations publiques, comme un chantage. De cette façon, nous estimons que cette obligation n’aura qu’un impact minime sur la couverture vaccinale de notre pays, quand elle aura contribué à radicaliser les opinions, à diviser les Français, et à réduire le nombre de soignants, au risque d’accroître des déserts médicaux déjà scandaleusement étendus.


Pass sanitaire : des contraintes et un champ d’application liberticides

Dans la foulée, Emmanuel Macron a précisé les lignes du pass sanitaire que la presse évoquait vaguement, et a annoncé son entrée en vigeur pour début août. Il prévoit l’obligation vaccinale, ou la preuve de récents tests PCR et antigéniques négatifs, pour accéder aux lieux publics et commerces. Pour ces derniers, c’est le privé qui assurera le respect du pass, mais les commerçants contrevenants ou peu vigilants pourront être condamnés à 45 000 euros d’amende et un an de prison (projet de loi en cours). Au vu de telles peines encourues, autant dire que tout commerçant ne contrôlant pas assez les pass sanitaires sera privé de relance économique… Est-ce vraiment la meilleure réponse à apporter à ceux qui ont croulé sous les périodes de fermetures, entraînant faillites et licenciements ?

Le MHAN est conscient que face à la situation inquiétante, des mesures devaient être prises, peut-être avec des outils similaires dans des conditions plus conciliantes et réalistes. Mais ici, au delà même du caractère liberticide d’une telle mesure, les délais présentés sont intenables. Nous souhaitons exprimer une pensée particulière pour ceux n’ayant pas eu le temps de se vacciner dans les délais, ne souhaitant pas le faire ou auxquelles les vaccins contre la Covid19 ont d’abord été refusés, du fait de nombreuses allergies. Ces derniers se voient, d’ailleurs, souvent demander un bilan allergologue, dans des délais dépassant la fin de l’année 2021 ! N’oublions pas que le pass sanitaire sera actif début août, que la durée recommandée entre les deux doses pour le vaccin Pfizer Bio-n-Tech se situe entre deux à quatre semaines, que cette durée pour le Mode-RNA est comprise entre cinq et sept semaines, et que nous sommes déjà le 15 juillet…


La fin de la gratuité des tests, facteur aggravant pour les Français

Par ailleurs, les tests Covid devenant payants, il n’est pas possible de parler d’une réelle alternative pour les nombreuses personnes mentionnées ci-dessus. Nous ne critiquerons pas le fait que ces tests deviennent payants pour les étrangers, et regrettons même que cela n’ait pas été fait dès le début de la phase de test. En effet, la situation des pharmacies et centres de dépistage à proximité des frontières était particulièrement intenable, et leurs personnels débordés par des personnes ne venant en France que pour un test gratuit. Cependant, cette tarification des tests pour les Français est excessive (prix à confirmer, mais de source professionnelle, le coût d’un test PCR avoisine les 400 euros) et il est désormais hypocrite de présenter les tests négatifs comme une alternative à la vaccination, devenant de fait une obligation pour les plus défavorisés. Rappelons encore une fois que cette obligation officieuse ne concerne pas uniquement les opposants aux vaccins, mais aussi ceux qui n’auront pas eu le temps de se faire vacciner (les 17 000 rendez-vous pris par minute lundi dernier ont réduit le nombre de créneaux disponibles et repoussé les dates de vaccinations) et celles auxquelles un bilan allergologue a été demandé avant vaccination, avec les disponibilités que l’on connaît à cette démarche...

S’agissant des traitements préconisés, autorisés, débattus ou écartés dans le cadre du pass sanitaire et plus généralement de la stratégie de l’exécutif, le MHAN regrette l’abondance de débats entre politiciens et chroniqueurs de toutes obédiences et sans compétences, et l’absence de véritable débat contradictoire, exclusivement entre scientifiques expérimentés de toutes obédiences. Nous formulons donc le souhait d’un débat contradictoire entre scientifiques sur la gestion de la crise sanitaire, donnant la possibilité à des citoyens d’approfondir leur réflexion et de ne pas agir sur de simples peurs. Ce contexte permettrait au gouvernement d’agir en non-arbitraire selon les éléments qu’il aura estimé crédibles, en prenant soin de les exposer.


Les retraites et l’assurance-chômage en sous-marin

Les durées fort mal calibrées des mesures définies ci-avant occultent un sujet à peine cité lors de l’allocution du Président de la République lundi dernier, et absent de ses communications sur les réseaux sociaux : la réforme des retraites, dont il souhaite l’application « dès que la situation sanitaire le permettra », et l’application de la réforme de l’assurance chômage votée en pleine pandémie. Notre opposition à ces réformes injustes reste intacte, et nous ne manquerons pas de le rappeler au cours des élections de 2022, que l’exécutif prépare déjà.


Conclusion générale

Avec ces annonces, le Président de la République a ouvert une boîte de Pandore, celle de la législation d’un monopole médical au bénéfice d’un traitement dont les brevets n’ont pas été annulés. Certes, la situation préoccupante donne des raisons d’instaurer un pass sanitaire. Son contenu et son champ d’application doivent être soigneusement réfléchis, afin de trouver une juste voie entre l’atteinte aux Droits de l’Homme par l’inaction face à un virus, et l’atteinte aux Droits de l’Homme par la radicalité d’une démarche administrative inquiétante dans sa mise en œuvre. Cette juste voie n’a pas été trouvée, et le gouvernement a rapproché la France de la deuxième borne. Désormais, la boîte de Pandore est ouverte, les esprits vont se radicaliser, les Français vont se diviser et s’affronter, les déserts médicaux menacent de s’agrandir et la situation sanitaire n’aura progressé que d’un pouce.