La toxicogénomique, fiable et peu coûteuse pour évaluer la toxicité de substances chimiques

Publié le 10/10/2020

 

La toxicogénomique est l’étude des gènes, dont l’expression est perturbée lorsque des cellules en culture sont exposées à une substance chimique. En sachant que les gènes contrôlent les propriétés biologiques des individus, cette étude permet de comprendre si l’exposition à la substance risque d’entraîner les cellules vers des processus pouvant mener, chez l’individu entier, à des pathologies telles que le cancer, des maladies neurologiques (Alzheimer, Parkinson, etc.), des troubles hormonaux, etc. La toxicogénomique permet également de comprendre les mécanismes par lesquels ces maladies sont susceptibles d’être induites, que ces maladies se manifestent à court, moyen ou long terme (voire sur les descendants des sujets exposés).

 

La loi prévoit encore que les études de toxicité se fassent sur des animaux vivants. Pour les médicaments, il est obligatoire d’effectuer des tests sur au moins deux espèces de mammifères, dont une qui n’appartienne pas aux Rongeurs. Pourtant, les connaissances acquises dans la seconde moitié du XX° siècle permettent de démontrer qu’aucune espèce animale n’est le modèle biologique d’une autre. En effet, chaque espèce animale possède un patrimoine génétique qui lui est propre et qui détermine ses propriétés biologiques, lesquelles sont donc également propres à l’espèce. Cette conclusion, qui repose sur des faits, est confirmée par de nombreux exemples de différences entre animaux de laboratoire et humains, différences ayant mené, au mieux, à un ralentissement des avancées de la biomédecine, au pire, à des drames comme celui de la non détection d’effets secondaires de médicaments, lesquels provoquent près de 20 000 décès par an en France[1]. Tout récemment, six volontaires sains pour l’essai d’un nouveau médicament ont frôlé la mort, alors que des lapins et des singes ayant reçu des doses plus élevées n’avaient montré aucun signe inquiétant.

 

C’est donc avec raison que M. Thomas Hartung, directeur du Centre européen pour la validation des méthodes alternatives (ECVAM), déclare que les tests de toxicologie basés sur l’expérimentation animale sont « tout simplement de la mauvaise science »[2].

 

La toxicogénomique étant pratiquée sur des cellules humaines, ses résultats sont fiables pour l’Homme. Elle permet même de tenir compte du polymorphisme génétique humain et d’indiquer si certaines substances peuvent être plus dangereuses pour certains individus, ou inversement, plus bénéfiques, par exemple en termes d’effet thérapeutique de médicaments.

 

Le coût des tests de toxicogénomique est très inférieur au coût des tests sur des animaux. La Commission européenne estimait à 2;8 milliards le coût de tester les 30 000 substances initialement concernées par REACH[3]. Antidote Europe estime à 1,5 milliard d’euros le coût de créer un Centre européen de toxicogénomique et d’y tester les 100 000 substances chimiques initialement dénombrées par la Commission européenne et pouvant potentiellement se trouver dans notre environnement.

 

Le temps requis par les tests de toxicogénomique est très inférieur au temps que prennent les tests sur les animaux.

• Un test effectué couramment sur les animaux pour évaluer seulement la cancérogénicité d’une substance se déroule sur 3 mois Un test de toxicogénomique permettant de mettre en évidence plusieurs effets toxiques possibles ne prend qu’une semaine.

• Le National Toxicology Program, aux États-Unis, estime que le test « sérieux » d’une seule substance s’étend sur 3 ans. À supposer que l’on ait la capacité de tester 1000 substances simultanément (ce qui supposerait de pouvoir loger, au très bas mot, 500 000 animaux simultanément), il faudrait 36 ans pour en tester 12 000. En employant la toxicogénomique et toujours à supposer que l’on ait la capacité de tester 1000 substances simultanément (objectif, cette fois, réaliste), il faudrait 100 semaines pour en tester 100 000, soit un peu moins de 2 ans.

 

La toxicogénomique permettrait de valoriser une technique européenne. BioTeSys (Allemagne), Scienion (Allemagne) et Vigilent Technologies (France) ont développé une approche originale, couverte par tous les brevets nécessaires. L’Europe est donc à la pointe, et, si elle conserve cette légère avance, n’aurait pas à subir les brevets américains et japonais, pourtant partis les premiers dans le développement de cette technique mais ayant exploré des vois plus coûteuses et lourdes à mettre en œuvre. Aux États-Unis et au Japon, la toxicogénomique a bénéficié d’investissements massifs et ces deux pays ont organisé un colloque international sur cette discipline, en août 2005, à Hawaii. Sur la cinquantaine de participants, il n’y avait que six européens, (dont Claude Reiss, le président d’Antidote Europe). Il est donc urgent de protéger et d’exploiter l’approche original mise au point par les chercheurs d’Antidote Europe.

 

 

Conclusion :

Tous ces avantages permettraient que les tests soient pris en charge par un Centre européen de toxicogénomique financé par les États-membres avec pour conséquences :

• 50 milliards d’euros d’économies sur les budgets de santé ; d’autres économies sur le coût de dépollution de l’environnement si les substances les plus dangereuses sont rapidement retirées du marché ;

• permettre la survie des PME et les emplois correspondants alors que beaucoup sont vouées à disparaître si elles doivent supporter le coût des tests

• l’indépendance de l’expertise.

 

Mettre en place la toxicogénomique est donc un impératif en matière de santé, de souveraineté, d’efficacité économique et de justice sociale.

 

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[1] Le Monde, 13 novembre 1997, déclarations de M. Bernard Kouchner, alors secrétaire d’État à la Santé.

[2] Nature, hebdomadaire scientifique britannique de notoriété mondiale, 10 novembre 2005.

[3] REACH : Recording, Evaluation and Authorization of CHemicals (enRegistrement, Evaluation et Autorisation de substances CHimiques), la future réglementation européenne en la matière, actuellement en cours d’examen par le Parlement européen, après un premier vote le 17 novembre 2005 et un vote par le Conseil des ministres le 13 décembre 2005.