Du bien-fondé de la stérilisation…

Lorsque dans les années 1970, les associations de protection animale ont commencé sur leurs maigres deniers à faire stériliser les chats libres, certains se sont exclamés : « mais si vous continuez, dans quelques années, il n’y aura plus de chats ! » Et d’autres, parfois les mêmes, ont lancé : « ce que vous faites est contre nature. Laissez donc ces animaux vivre leur vie ! »

Peu de gens tiennent ce discours aujourd’hui. D’abord parce que l’information apportée par les associations a circulé. Ensuite parce que, sur le terrain, des constats ont été faits :

• Nombre de chats maintenus à un niveau raisonnable dans les îlots traités.
• Prolifération inimaginable dans les îlots livrés à eux-mêmes.

Conséquences :

Dans le premier cas – chats stérilisés -, ces derniers, généralement, sont acceptés, peuvent être nourris et soignés par les gens qui les aiment.

Dans le second cas – prolifération – ce sont des cohortes de chats tant frappés par la maladie, exposés à de mauvais traitements ou pris par la fourrière qui souffrent et meurent en même temps que les adultes. Plus d’un million d’entre eux meurent chaque année ! Et sans cesse cette misère et ces hécatombes continuent. Tant qu’on ne stérilise pas !

En fait la maîtrise des populations des animaux des villes, chats mais également des chiens, doit être envisagée de quatre points de vue :

Premièrement, l’aspect technique et médical de la question. Il n’est pas de notre rôle d’en fournir le détail. Le MHAN ne s’ajoute pas aux associations de protection animale existantes et celles-ci, fort nombreuses dans notre pays, peuvent facilement renseigner les personnes qui souhaitent l’être. Certes le MHAN connaît bien ces questions puisque nombre de ses responsables, candidats et adhérents se trouvent être parallèlement présidents d’associations ou directeurs de refuge. Ils ont avant tout besoin de cette expérience pour être crédibles auprès des électeurs lorsqu’ils leur parlent d’animaux ou face aux Pouvoirs Publics lorsqu’ils les sollicitent.

Deuxièmement, l’aspect éthique de ce combat
Comme son nom l’indique, le MHAN défend en même temps les Hommes, les Animaux et la Nature. Il combat pour leur vie, se bat pour leur mieux-être et prône le respect que l’on doit aux trois. Pour le MHAN, aucun n’est esclave de l’autre et, chacun, quoi que différent, a sa dignité et ses qualités propres. Il s’agit uniquement – et c’est très difficile – de bien faire cohabiter les trois, si possible dans l’harmonie. D’où l’intérêt, à propos du sujet qui nous occupe ici, d’empêcher trop d’animaux de naître afin que, en nombre limité, ils soient respectés voire aimés et puissent vivre convenablement.

Troisièmement, l’aspect social de cette question
Celui relève de la même éthique, et là il s’agit d’êtres humains. Savez-vous, chers lecteurs, que dans tous les coins de France d’innombrables personnes, souvent pauvres et âgées, nourrissent en se cachant 10, 20 ou 30 chats, par tous les temps, subissant parfois quolibets ou insultes? Dépensant sans compter leurs forces et leur peu d’argent pour alimenter ou faire soigner ces pauvres bêtes? Qui les aident? Les associations, quand elles le peuvent, lesquelles le plus souvent sont presque aussi pauvres qu’elles !

Et les Pouvoirs Publics, que font-ils, eux ? Autrement dit :

Quatrièmement, disons-le tout net : en matière de protection animale, dans ce domaine comme dans les autres, la France accuse un grand retard. Nous sommes loin, très loin derrière la Grande-Bretagne, et – ce qui est plus grave – nous ne progressons pas, alors que certains pays vont de l’avant, comme l’Italie, le Brésil et même l’Espagne en tête (!) grâce à la Catalogne .

Il importe cependant de distinguer le plan national d’une part, ou quasiment rien ne se passe (à quoi a servi le Grenelle de l’animal?) et le niveau local d’autre part où, ici ou là, certaines avancées, rares mais réelles, se font jour.

Sur le plan national, y aurait-il des initiatives que les gouvernements passés ou présents auraient prises pour maintenir les populations de chiens et de chats à un niveau effectif suffisamment bas pour qu’aucun problème majeur ne se pose? La réponse, malheureusement, est non. Nous vous laissons juges !

• Aucune politique de stérilisation des chats libres ni des chiens/chats mis à l’adoption dans les refuges.
• Aucun obstacle aux importations massives et souvent clandestines de chiots en provenance des pays de l’Est.
• Autorisation de vente de ces animaux dans les animaleries, à l’opposé de certains pays où ce type de commerce n’existe pas et où seuls des élevages agréés spécialisés sont habilités à vendre des chiots ou chatons.
• Tolérance d’un élevage «à domicile» pratiqué par des particuliers à des fins purement lucratives, non surveillé sanitairement et échappant naturellement à l’impôt.
• Laxisme face aux ventes d’animaux faites sur le trottoir par des SDF ou des Roms.

N’importe quelle association concernée peut attester ces dires mais, pour l’anecdote, voici le témoignage de notre président, par ailleurs responsable de l’association ARPA (Alliance pour le Respect et la Protection des Animaux) :

«Gouvernements de gauche, gouvernements de droite, quelle étrange cécité devant la souffrance animale ! »
Pour preuve deux exemples, l’un remontant à la période Mitterrand et l’autre à la période Chirac, deux anecdotes consternantes :

Gouvernement de gauche, M. Jean Glavany, Ministre de l’Agriculture. Je décide un beau jour de lui faire parvenir des pièces pour un dossier afin de lui exposer la misère des chats des rues et des gens qui se tuent à les protéger, les nourrir, les stériliser. Je lui fais, bien entendu, des propositions et lui demande en conclusion son opinion. Il me répond. C’est déjà bien. Je suis content ; sa lettre fait près de trois pages. L’ennui, hélas, c’est son contenu : il me parle de tout … sauf du sujet danger entretenu. Comment qualifier ce comportement? Je préfère ne pas chercher les mots.

Gouvernement de droite, M. Hervé Gaymard, Ministre de l’Agriculture. Une aubaine se présente : mon ami Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes, a justement pris rendez-vous avec lui. Il doit lui présenter Brigitte Bardot, l’équipe dirigeante de sa fondation, et il me propose de l’accompagner. « Ce sera, me lance-t-il, à toi de jouer. Moi, j’approuverai, je te connais, et ton projet me semble bon ». Comment espérer davantage? Audience donc chez le ministre, assisté de sa conseillère technique, vétérinaire de son état. Brigitte Bardot parle en premier. Son sujet : l’élevage, les transports d’animaux, et, naturellement, leur abattage. Je l’admire, elle croit l’emporter, le ministre écoute avec un bon sourire. En fin de compte, il se dit infiniment navré : « Brigitte, j’aurais voulu vous faire plaisir surtout, mais seulement, voyez-vous, nous ne sommes pas seuls, les transports sont liés à ceux d’autres pays. L’élevage, pour sa part, est subordonné à toutes sortes de contrats économiques. Nous agissons, je vous l’assure, de notre mieux ; et quant à l’abattage, nous y veillons aussi. Même si les rites doivent être respectés nous faisons ce qu’il faut pour l’améliorer. Je vous en prie, ne vous inquiétez pas !»

J’ai senti que Brigitte se contenait. Pour préserver le peu qu’elle espérait encore…

Vint mon tour. J’ai pensé : c’est fichu d’avance. Eh bien non, pas du tout ! En tout cas, je l’ai cru. Le ministre m’a écouté. Je lui ai présenté la même analyse et les mêmes idées qu’à Jean Glavany quelques années avant. Je les ai étendues aux chiens comme aux chats de toutes les catégories : animaux de particuliers, détenus par des SDF, vendus en animaleries, adoptés dans les refuges, etc. avec des propositions chaque fois appropriées. « C’est intéressant, m’a-t-il répondu. Nous allons pouvoir faire quelque chose. Je vous propose de travailler ici avec ma conseillère technique autant de fois qu’il le faudra. Je ne vois pas pourquoi nous n’aboutirions pas ».

Premier rendez-vous 15 jours plus tard. Je suis assisté de Joëlle Fontaine, présidente nationale de l’Ecole du chat, et administratrice du MHAN, ainsi de Jean-Michel Michaux, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort.
Bon climat. Mise au point du plan. Nous déclinons l’une après l’autre nos suggestions et convenant d’en reparler à la séance suivante, une fois décantés, de chaque côté, les arguments échangés.

Deuxième rendez-vous, deux mois après. Sont éliminés successivement : l’action auprès des SDF (impossible d’entraver leur liberté) et la perspective de solliciter l’agro-alimentaire animalier (le sponsoring ne regarde pas le ministère).

Troisième et dernière séance, en présence d’un haut fonctionnaire, lequel nous a gavés de règlements.

Résultat au final : absolument rien, si ce n’est une jolie brochure vantant les avantages de la stérilisation… Quelle conclusion en tirer? La même que précédemment. »

Sur le plan local l’affaire se présente – ou devrait se présenter – autrement, car le contexte en fait n’est pas le même. D’abord parce qu’une seule des cinq carences dénoncées précédemment est du ressort des maires, à savoir la stérilisation.

Ensuite, et en revanche, par ce que, à ce propos, la commune d’une part est responsable de tout les animaux vivant sur son territoire, donc des chats libres aussi, et que d’autre part, les textes « recommandent » aux maires de permettre la stérilisation de ces derniers en collaboration avec les associations, sans hélas préciser qui devra payer ces opérations…

Or là, dans quelques communes, des maires ont bien agi. En effet, au lieu de laisser proliférer ces animaux ou – pire – de les faire tuer, ils ont au contraire accepté de financer totalement ou en partie la stérilisation de « leurs » chats libres, les associations se chargeant de leur côté de les capturer, de les transporter chez des vétérinaires où ils seront opérés et identifiés, puis de les ramener sur le lieu où ils vivaient.

Autre initiative intéressante : un Conseil Départemental, celui des Alpes-Maritimes, a alloué pendant plusieurs années un budget important pour payer, en collaboration avec des communes volontaires, 50% des stérilisations de leurs chats libres, ces communes, pour leur part, s ’engageant à payer les autres 50%.

Ces deux types d’initiatives sont nettement constructifs et démontrent l’intelligence de leurs auteurs. En effet, comme nous l’avons dit, ces populations de chats sont stabilisées, beaucoup de problèmes sont évités et de plus il s’agit d’un acte civique.  Les administrés qui se plaignaient de nuisances félines seront satisfaits puisque le nombre des chats au fil du temps va diminuer tandis que ceux qui aiment ces animaux seront de leur côté heureux puisque ces derniers continueront à vivre et de surcroît seront protégés.

Nous remercions par avance toutes les personnes qui voudront bien nous informer d’initiatives positives de ce type dont elles auraient connaissance.

Nous nous ferons un plaisir de les relater.

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